La variété noire chez l’orpington

Dernière mise à jour : 18 Jan 2026

L’Orpington noire est la première variété créée par William Cook, en 1880. Elle est issue d’un premier croisement entre un coq Minorque noir et une poule Plymouth Rock noire. Les sujets obtenus ont ensuite été accouplés avec la Langshan noire, ce qui a donné naissance à l’Orpington noire, à crête simple comme à crête rose.

Les premiers sujets étaient éloignés du type que nous recherchons aujourd’hui. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, cette volaille était destinée avant tout à la ponte et à la production de viande. Ces premières Orpingtons ressemblaient davantage à l’Australorp, type que William Cook avait également développé à la même époque.

En résumé, l’Orpington hérite de la Minorque pour sa capacité de ponte, pouvant atteindre deux cents œufs par an, de la Plymouth Rock pour son aptitude à se nourrir efficacement, et de la Croad Langshan pour sa constitution anatomique, notamment la qualité des filets. William Cook avait ainsi conçu une volaille particulièrement performante pour l’élevage domestique, alliant production d’œufs, rendement en viande et coût alimentaire raisonnable, ce qui explique son succès et sa diffusion à l’échelle mondiale.

Les premiers sujets présentaient néanmoins plusieurs imperfections, telles que des oreillons blancs hérités de la Minorque, des plumes aux pattes issues de la Langshan ou encore des tarses jaunes provenant de la Plymouth Rock. Sélection après sélection, les éleveurs sont parvenus à fixer le standard actuel, que nous allons maintenant décrire et commenter.

Phénotype de la couleur noire

Le bec est noir.
L’iris des yeux est noir. Il arrive encore de rencontrer des sujets noirs aux yeux orange ou rougeâtres. Dans la majorité des cas, il s’agit de sujets issus de croisements avec d’autres variétés, comme le coucou, le lavande ou le caillouté. Ces sujets doivent être écartés de la reproduction, sauf s’ils présentent un type exceptionnel et correspondent parfaitement au standard morphologique.

Les tarses sont noirs.
Les ongles sont blancs.

Le plumage est entièrement noir, avec de riches reflets verts, ce qui constitue l’un des aspects les plus difficiles à obtenir. Il est conseillé d’observer attentivement le triangle de l’aile. Si celui-ci présente un reflet vert profond et homogène, le sujet a de grandes chances d’être correctement coloré. En revanche, la présence de reflets violacés est souvent annonciatrice d’autres défauts visibles ailleurs sur le plumage, sous forme de reflets pourpres ou de barrures, donnant l’impression que la plume a été griffée.

Plusieurs explications peuvent être avancées pour ces défauts. Le sujet peut être porteur du gène Ar+ (rouge autosomal), gène dominant non lié au sexe, qui se manifeste par des reflets violacés, pourpres ou rouille, d’intensité variable et souvent très difficile à éliminer. Une solution consiste à effectuer un retrempage avec du coucou B/B S/S, qui agit comme un filtre limitant l’expression de Ar+. Cette méthode implique toutefois l’élimination stricte des sujets présentant des yeux rouge-orangé, caractère lié au coucou.

Le sujet peut également être porteur du gène lavande (lav+), qui se traduit par des barrures violacées, le plus souvent en extrémité de plume, parfois accompagnées de reflets pourpres. Enfin, une maladie, un affaiblissement ou un stress survenu lors de la pousse de la plume peut provoquer l’apparition de barrures violacées. L’alimentation joue alors un rôle déterminant et doit rester complète, équilibrée et régulière, en particulier chez les jeunes sujets.

On observe parfois ce que l’on appelle des barrures fantômes, donnant l’impression d’un léger barré, proche du coucou. Ce phénomène est généralement lié à un croisement ancien avec une variété barrée.

Le sous-plumage doit être noir mat, sans trace de gris ni de blanc.

Les défauts graves de coloris sont l’absence de reflets verts, la présence de reflets violets ou pourpres, une sous-couleur blanchâtre et les oreillons blancs.

La couleur noire vue par la génétique

Il existe de nombreuses manières d’obtenir la couleur noire chez les volailles. Chez l’Orpington, comme chez la majorité des races noires, les sujets appartiennent à la famille de l’allèle E, dit noir étendu.

Le génotype simplifié d’un sujet noir est le suivant :
E/E pour l’allèle noir étendu,
bl+/bl+ pour l’absence de dilution bleue,
s+/s+ pour une base dorée, ou S/S pour une base argentée, ou encore S/s+ pour une base argentée hétérozygote.

L’allèle E est dominant sur tous les autres allèles de la série e, à savoir ER (birchen), e+ (type sauvage), eb (brun) et ewh (froment). C’est à partir de cette série que sont construites la majorité des couleurs chez les volailles.

Même chez un sujet noir, le doré ou l’argenté est génétiquement présent, mais masqué par le noir. Ce fond peut être observé dès le stade poussin. Les zones non noires du poussin apparaissent blanchâtres ou dorées. Un poussin aux zones non noires d’un blanc immaculé est généralement sur une base argentée S/S. À l’inverse, la présence de doré sur les ailes ou la poitrine indique une base dorée s+/s+.

Lorsque le sujet est sur base dorée et porte en plus le gène Ar+, le noir peine à masquer totalement le rouge, ce qui favorise l’apparition de reflets violacés, pourpres ou rouille, notamment au niveau du camail et des épaules. L’observation attentive du poussin permet donc une sélection très précoce.

Il existe un gène particulièrement intéressant pour intensifier les reflets verts du noir, le gène Ml (mélanisateur), que l’on retrouve notamment dans le fauve à liseré noir. Le problème est que cette variété apporte également d’autres gènes peu souhaitables pour le noir. Une autre piste est l’utilisation de la race Sumatra, naturellement porteuse de Ml, mais le retour au type Orpington est alors long et exigeant. Avec patience et sélection rigoureuse, cela reste néanmoins possible.

Le noir, base de nombreuses autres couleurs

La couleur noire constitue la base génétique de nombreuses autres variétés, telles que le bleu, dilution du noir, le lavande ou gris perle, autre forme de dilution, le caillouté, caractérisé par un mouchetage blanc, le coucou ou barré, correspondant à un noir rayé, et le chocolat, également issu d’une dilution du noir.

Une bonne souche de noir pur est donc un outil fondamental pour le développement de ces variétés. Toutefois, certains gènes introduits par ces couleurs peuvent générer, en retour, des défauts importants dans la variété noire pure. Les noirs porteurs lavande présentent fréquemment des reflets violacés et des yeux rouge-orangé ou brun. Le caillouté et le coucou entraînent souvent des yeux rouge-orangé et des barrures fantômes. Le bleu interfère peu visuellement, mais peut malgré tout induire des reflets violacés.

Il est donc fortement conseillé de ne pas mélanger le noir pur avec ces autres couleurs, ou à défaut, de marquer systématiquement les poussins à la naissance afin de préserver la souche noire la plus pure possible. De manière générale, toutes les dilutions du noir tendent à éclaircir la couleur de l’œil, passant du noir au rouge-orangé, défaut souvent difficile, voire impossible, à éliminer totalement.

Inversement, il est pratiquement impossible d’obtenir un coucou ou un barré de qualité sans une base noire solide, ce qui impose parfois des retrempages réguliers en noir.

Utilisation du noir dans le travail de sélection

Certains éleveurs utilisent la variété noire dans des programmes de sélection avec d’autres couleurs, notamment le fauve à liseré noir, afin d’apporter du volume, de la masse et de restaurer la fertilité. Ce travail est long, nécessitant souvent quatre à cinq années, mais il illustre parfaitement les qualités essentielles de l’éleveur : patience, rigueur et persévérance.

En résumé, la variété noire, lorsqu’elle repose sur une souche incertaine, peut dissimuler des gènes dominants ou récessifs indésirables, parfois difficiles à détecter, même pour un éleveur expérimenté.

Conclusion

L’Orpington noire est la plus ancienne des variétés. Elle est aujourd’hui trop souvent négligée, alors même qu’elle constitue une base indispensable pour apporter du type, de la densité et de la solidité génétique aux variétés complémentaires. Lors de vos prochaines expositions, prenez le temps de l’observer avec un regard renouvelé. Il est fort possible qu’elle vous donne envie de vous y consacrer à nouveau.

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