Obtenir une fĂ©condation optimale constitue un dĂ©fi pour de nombreuses races. Chaque annĂ©e, beaucoup dâĂ©leveurs se plaignent de rĂ©sultats mĂ©diocres en reproduction, et une faible fĂ©condation en est bien souvent la cause principale. Chez lâOrpington, cette difficultĂ© est accentuĂ©e par certaines particularitĂ©s morphologiques peu favorables Ă une reproduction efficace. Cette race est grande, lourde et dotĂ©e dâailes relativement petites, insuffisantes pour permettre au coq de garder un bon Ă©quilibre sur la poule lors de lâaccouplement.
LâĂ©leveur attentif observe frĂ©quemment que le coq glisse ou tombe avant que le contact cloaque Ă cloaque ait pu sâĂ©tablir. Les Orpingtons sont trapus, massifs, et leur morphologie limite leur capacitĂ© Ă sâagripper correctement. Il en rĂ©sulte un grand nombre de tentatives infructueuses avant dâobtenir, de temps Ă autre, une fĂ©condation rĂ©ussie. Les Ă©leveurs expĂ©rimentĂ©s se satisfont parfois dâun taux de fĂ©condation avoisinant les 50 %, et il nâest pas rare de connaĂźtre une annĂ©e particuliĂšrement mauvaise. Jeter une grande quantitĂ© dâĆufs stĂ©riles est toujours frustrant, dâoĂč lâimportance dâoptimiser tous les autres paramĂštres.

Mettre le coq en condition de reproduction
Un coq doit impĂ©rativement ĂȘtre en condition de reproduction, faute de quoi il ne produira pas de sperme, rendant toute copulation inutile. Le fait quâil monte les poules nâest pas une garantie de fertilitĂ©. MĂȘme des coqs hors production continuent Ă adopter ce comportement, ce qui induit souvent les Ă©leveurs en erreur.
Le coq ne doit ĂȘtre ni trop gras ni trop maigre. En cas de surpoids, il est prĂ©fĂ©rable de le faire maigrir progressivement, sans le soumettre Ă des rĂ©gimes drastiques. Les mĂ©thodes extrĂȘmes, encore parfois recommandĂ©es, sont dĂ©raisonnables. Les coqs ont besoin dâune alimentation variĂ©e et riche en vitamines, incluant lĂ©gumes, fruits et cruditĂ©s. Lâajout modĂ©rĂ© dâhuile de germe de blĂ© peut ĂȘtre bĂ©nĂ©fique, Ă condition de rester raisonnable.
Une mĂ©thode efficace consiste Ă avancer le programme lumineux des coqs par rapport Ă celui des poules. En allongeant la durĂ©e dâĂ©clairage des coqs dâenviron une demi-heure par semaine, un mois avant les poules, on leur donne deux heures dâavance. Cet Ă©clairage diffĂ©renciĂ© est essentiel pour obtenir une bonne fĂ©conditĂ© tout au long de la pĂ©riode de ponte. Lorsque coqs et poules suivent le mĂȘme programme lumineux, les poules deviennent fĂ©condes avant les coqs, ou inversement les coqs accusent un retard, entraĂźnant de mauvais rĂ©sultats en dĂ©but de saison. Ajuster lâĂ©clairage uniquement sur les coqs conduit souvent Ă une ponte trop prĂ©coce, avec des Ćufs inutilisables car les poules risquent dâentrer en couvaison.
Santé, parasites et état physique
La bonne santĂ© des coqs est primordiale, en particulier lâabsence de parasites. Les poux et les mites sont un vĂ©ritable flĂ©au pour la fĂ©condation, et leurs effets peuvent se faire sentir plusieurs semaines aprĂšs le traitement. Il existe une incomprĂ©hension frĂ©quente chez les amateurs, qui attribuent une mauvaise fĂ©condation Ă lâusage de produits comme lâIvomec ou le Frontline. En rĂ©alitĂ©, ce sont les parasites eux-mĂȘmes qui sont responsables des problĂšmes persistants. LâexpĂ©rience montre que des coqs traitĂ©s prĂ©ventivement avec ces produits peuvent ĂȘtre parfaitement fĂ©conds. Il convient donc de faire preuve de discernement et dâĂ©viter les conclusions hĂątives.
Chez les races lourdes, lâĂ©tat des pattes est Ă©galement crucial. Les Orpingtons sont particuliĂšrement sensibles Ă ce niveau. Les ulcĂšres plantaires sont souvent minimisĂ©s alors quâils sont trĂšs douloureux et entravent sĂ©rieusement lâaccouplement. Les engelures des crĂȘtes, des caroncules ou des doigts ont aussi un impact nĂ©gatif majeur sur la fĂ©conditĂ©.
Contrairement Ă certaines idĂ©es reçues, les coqs rĂ©ellement stĂ©riles sont extrĂȘmement rares. LâĂąge est souvent mis en cause Ă tort. Les jeunes coqs produisent du sperme, et les coqs plus ĂągĂ©s peuvent rester fĂ©conds si lâĂ©leveur sait conduire correctement ses animaux au-delĂ de la mue. Trop souvent, Ă lâautomne, lâattention se concentre sur les jeunes sujets destinĂ©s aux expositions, tandis que les reproducteurs plus ĂągĂ©s sont nĂ©gligĂ©s pendant la mue. Or celle-ci est longue, variable et exige une alimentation riche en protĂ©ines pour assurer un replumage rapide et complet.
Expérience, fréquence des accouplements et gestion des groupes
Les jeunes coqs manquent surtout dâexpĂ©rience. AprĂšs la pĂ©riode des expositions, ils ont Ă©tĂ© tenus Ă lâĂ©cart des poules afin de prĂ©server leur plumage. Ils ont donc besoin de quelques semaines pour apprendre Ă sâaccoupler correctement. Afin de prĂ©server les meilleures reproductrices, il est judicieux de leur permettre de sâexercer dâabord avec des poules surnumĂ©raires.
Un coq peut copuler trĂšs frĂ©quemment, mais plus les accouplements sont rapprochĂ©s, plus la quantitĂ© de sperme transfĂ©rĂ©e diminue. Les Ă©tudes montrent quâaprĂšs deux copulations successives, la rĂ©serve de sperme est presque Ă©puisĂ©e. Bien que celle-ci se reconstitue en permanence, une activitĂ© excessive rĂ©duit lâefficacitĂ© de la fĂ©condation. Câest pourquoi certains Ă©leveurs obtiennent de meilleurs rĂ©sultats en isolant temporairement le coq, puis en le laissant accĂ©der aux poules de maniĂšre contrĂŽlĂ©e. Cette mĂ©thode limite Ă©galement les dĂ©gĂąts de plumage chez les poules.
Prévenir les blessures des poules
Chez les races lourdes au plumage abondant, les dommages au dos et Ă la queue des poules sont frĂ©quents. Les blessures, en revanche, peuvent ĂȘtre Ă©vitĂ©es. Une mĂ©thode efficace consiste Ă enrober les ongles des coqs avec de lâadhĂ©sif. Ces protections doivent ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es quotidiennement, car elles sâusent et se perdent rapidement. Les doigts arriĂšre sont particuliĂšrement Ă surveiller, car ils sont responsables des longues plaies sur les flancs des poules lorsque le coq glisse et tente de se rattraper. Les doigts intĂ©rieurs doivent Ă©galement ĂȘtre protĂ©gĂ©s, car ils provoquent des blessures plus courtes mais plus profondes, situĂ©es plus haut sur le dos.
Certains Ă©leveurs prĂ©fĂšrent limer les ongles pour les Ă©mousser. Cette solution peut aider, mais elle reste moins fiable que la prĂ©vention par protection. PrĂ©venir vaut toujours mieux que guĂ©rir, surtout lorsquâil sâagit dâĂ©viter des plaies nĂ©cessitant une suture et un temps de cicatrisation.
Tonte du duvet et gestion des préférences
Les races Ă duvet dense, comme lâOrpington, obtiennent de meilleurs rĂ©sultats lorsque le duvet autour du cloaque est partiellement tondu. Chez le coq, on tondra le duvet sous le cloaque, et chez la poule, au-dessus. Un contact direct cloaque Ă cloaque est indispensable Ă la transmission du sperme, et une masse de plumes empĂȘche souvent toute fĂ©condation. Bien que certains sujets donnent de bons rĂ©sultats sans tonte, il sâagit dâexceptions. Dans la majoritĂ© des cas, cette pratique amĂ©liore nettement les performances.
Il faut Ă©galement tenir compte des prĂ©fĂ©rences individuelles. Certains coqs privilĂ©gient une ou deux poules, tandis que dâautres poules refusent systĂ©matiquement lâaccouplement. Les poules ĂągĂ©es peuvent ĂȘtre dominantes et dĂ©courager un jeune coq. Une gestion fine des groupes permet dâĂ©viter ces situations. Diviser le parquet en petits groupes, avec un coq et deux poules, amĂ©liore souvent les rĂ©sultats. Une poule trop sollicitĂ©e peut ĂȘtre isolĂ©e temporairement afin de permettre aux autres dâĂȘtre montĂ©es. Inversement, une poule au plumage intact peut ĂȘtre placĂ©e seule avec un coq dans un espace restreint pour favoriser lâaccouplement.
Gestion du poids et alimentation différenciée
Certains coqs sont tellement actifs quâils mangent insuffisamment et perdent rapidement leur condition physique. Dans ce cas, il est prĂ©fĂ©rable de les isoler hors de vue des poules afin quâils se rĂ©alimentent correctement. Ă lâinverse, dâautres coqs profitent excessivement de la ration riche destinĂ©e aux poules pondeuses et prennent rapidement du poids. Les coqs trop gras sont rarement fĂ©conds. Il est alors nĂ©cessaire de nourrir les poules et les coqs sĂ©parĂ©ment, ce qui permet aussi de rĂ©duire lâapport protĂ©ique des coqs, souvent bĂ©nĂ©fique pour leur fertilitĂ©.
Conclusion
Chaque annĂ©e, des Ă©leveurs rapportent des rĂ©sultats dĂ©cevants malgrĂ© des efforts consciencieux. Il faut accepter quâune mauvaise annĂ©e puisse survenir, mĂȘme chez des Ă©leveurs expĂ©rimentĂ©s. Heureusement, une nouvelle saison offre toujours une nouvelle chance. Comme on le voit, les Ă©checs ne sont pas une fatalitĂ©. Avec observation, adaptation et rigueur, il est possible dâinverser la tendance et dâamĂ©liorer sensiblement la fĂ©condation.
