Mon schéma de vaccination

DerniĂšre mise Ă  jour : 18 Jan 2026

De nombreux malentendus persistent autour de l’utilitĂ© de la vaccination. Ils tiennent principalement Ă  une mĂ©connaissance du fonctionnement du systĂšme immunitaire et des principes de l’immunisation. La situation est d’autant plus paradoxale que la vaccination humaine est largement admise, tandis que celle des volailles suscite dĂ©bats et rĂ©ticences. Cet article n’a pas pour objectif d’alimenter ces discussions. Il s’agit simplement de prĂ©senter une pratique Ă©prouvĂ©e, mise en Ɠuvre depuis des annĂ©es, afin que chacun puisse en tirer des Ă©lĂ©ments utiles.

Je compare souvent la vaccination Ă  un processus de formation. On apprend Ă  l’organisme Ă  reconnaĂźtre et Ă  contrer une attaque parasitaire, bactĂ©rienne ou virale. Le systĂšme immunitaire enregistre cette information dans sa mĂ©moire. Lors d’une nouvelle exposition, il peut alors produire beaucoup plus rapidement les cellules de dĂ©fense nĂ©cessaires. Sans vaccination prĂ©alable, ce processus demande gĂ©nĂ©ralement plus d’une semaine, et ce dĂ©lai supplĂ©mentaire suffit souvent Ă  faire la diffĂ©rence entre la survie et la perte de l’animal. L’argument selon lequel des volailles en bonne santĂ© se dĂ©fendront seules est parfois exact, mais il nĂ©glige un facteur essentiel : le temps. Dans cette course entre l’agent pathogĂšne et les dĂ©fenses immunitaires, la vitesse est dĂ©terminante.

Prévenir plutÎt que guérir

Il est parfois avancĂ© qu’il n’est pas utile de vacciner contre des maladies pour lesquelles des traitements existent. Cette logique conduit pourtant Ă  privilĂ©gier l’intervention curative au dĂ©triment de la prĂ©vention. Outre le fait que certains virus ne disposent pas de traitements facilement accessibles, les vaccins sont gĂ©nĂ©ralement moins coĂ»teux que les mĂ©dicaments administrĂ©s aprĂšs l’apparition des symptĂŽmes. Ils Ă©vitent Ă©galement les pertes de croissance, la mauvaise conversion alimentaire et l’affaiblissement durable des animaux.

Le principe des rappels vaccinaux s’inscrit dans cette mĂȘme logique. Comme dans l’apprentissage scolaire, la rĂ©pĂ©tition permet de consolider les acquis. Comprendre, pratiquer et rĂ©activer rĂ©guliĂšrement les connaissances est ce qui permet une mĂ©morisation durable. Il en va de mĂȘme pour le systĂšme immunitaire.

Maladie de Marek

DĂšs le premier jour, mes poussins sont vaccinĂ©s contre la maladie de Marek par injection. Cette pratique se gĂ©nĂ©ralise, souvent Ă  la suite d’un Ă©pisode sanitaire dans l’élevage. Ces derniĂšres annĂ©es, des formes plus virulentes de Marek sont apparues, ce qui rend prĂ©fĂ©rable l’utilisation du vaccin Rispens, qui offre une protection supĂ©rieure Ă  celle du HVT.

Le vaccin HVT, lyophilisĂ©, se conserve facilement au rĂ©frigĂ©rateur. Le Rispens, quant Ă  lui, est un virus vivant devant ĂȘtre stockĂ© dans l’azote liquide. Cela implique un Ă©quipement spĂ©cifique et un renouvellement rĂ©gulier, peu rentable pour de faibles volumes. Lorsqu’il n’est pas possible d’y accĂ©der, l’utilisation du HVT reste prĂ©fĂ©rable Ă  l’absence totale de vaccination.

De plus en plus de vĂ©tĂ©rinaires acceptent toutefois d’utiliser Rispens lorsque la demande est mutualisĂ©e. Des groupes d’éleveurs s’organisent alors autour de sĂ©ances rĂ©guliĂšres, par exemple tous les quinze jours. Les coĂ»ts sont rĂ©percutĂ©s par poussin, ce qui rend la vaccination accessible mĂȘme pour de petites couvĂ©es. Certains Ă©leveurs adaptent leur calendrier d’élevage ou confient leurs Ɠufs Ă  des couvoirs pratiquant cette vaccination.

Coccidiose

La vaccination contre la coccidiose est fortement recommandĂ©e. AprĂšs l’avoir pratiquĂ©e une premiĂšre fois, il est difficile de s’en passer. Plusieurs vaccins sont disponibles, notamment Paracox 8, Paracox 5 et Hipracox. Le chiffre indique le nombre d’espĂšces de coccidies incluses. Paracox 8 offre une couverture plus large, mais son coĂ»t et sa disponibilitĂ© orientent souvent vers Paracox 5 ou Hipracox.

La pĂ©riode idĂ©ale de vaccination se situe entre 4 et 9 jours d’ñge, avant toute exposition aux coccidies environnementales. L’immunitĂ© met environ un mois Ă  se construire, car elle repose sur une auto-infection contrĂŽlĂ©e par les souches vaccinales. Aucun anticoccidien ne doit ĂȘtre administrĂ© simultanĂ©ment, sous peine de neutraliser le vaccin.

L’administration se fait simplement par l’eau de boisson, en respectant strictement les doses. Une surdose est Ă  Ă©viter. Le vaccin peut ĂȘtre rĂ©utilisĂ© Ă  condition de rester propre et d’ĂȘtre prĂ©levĂ© sans exposition excessive Ă  l’air. L’idĂ©e selon laquelle une immunitĂ© naturelle se construit suffisamment par une exposition lĂ©gĂšre comporte des risques importants, notamment des lĂ©sions intestinales prĂ©coces et une protection limitĂ©e aux souches prĂ©sentes dans l’environnement immĂ©diat.

Bronchite infectieuse

À un Ăąge plus avancĂ©, je vaccine contre la bronchite infectieuse. Les contaminations surviennent frĂ©quemment lors des expositions, en particulier les grandes manifestations impliquant des transports longs et des durĂ©es prolongĂ©es. La diversitĂ© des souches impose l’utilisation de plusieurs vaccins. J’utilise MA5 en primo-vaccination, suivi de 4-91 quelques semaines plus tard.

La vaccination peut se faire par spray ou par l’eau de boisson, mais le vaccin reconstituĂ© doit ĂȘtre utilisĂ© immĂ©diatement. Sa durĂ©e de stabilitĂ© est courte, gĂ©nĂ©ralement deux heures, Ă©ventuellement prolongĂ©e par l’ajout de lait. Le partage entre Ă©leveurs permet de rĂ©duire considĂ©rablement les coĂ»ts. J’évite de combiner plusieurs vaccins simultanĂ©ment, en respectant un intervalle d’environ deux semaines afin de ne pas surcharger le systĂšme immunitaire.

Maladie de Newcastle

En complĂ©ment, j’administre Clone 30 contre la maladie de Newcastle. Cette vaccination est obligatoire avant les expositions, rĂ©alisĂ©e par injection par un vĂ©tĂ©rinaire. Toutefois, cette obligation tardive laisse les jeunes animaux sans protection pendant une longue pĂ©riode. Clone 30, souche lentogĂšne, peut ĂȘtre administrĂ© trĂšs tĂŽt et offre une protection efficace par l’eau de boisson, le spray ou le collyre.

Les anticorps maternels pouvant interfĂ©rer, il est prĂ©fĂ©rable de vacciner lorsque les poussins ont environ quatre semaines. La solution vaccinale doit ĂȘtre prĂ©parĂ©e avec une eau sans dĂ©sinfectant, idĂ©alement enrichie en lait Ă©crĂ©mĂ©. L’immunitĂ© est optimale aprĂšs deux semaines et dure environ cinq semaines, ce qui impose des rappels rĂ©guliers.

Gumboro

Face Ă  la prĂ©sence rĂ©currente de la maladie de Gumboro chez certains Ă©leveurs, une vaccination annuelle avec Hipragumboro ou Nobilis Gumboro D78 est pertinente. Le vaccin est Ă©conomique et facile Ă  administrer par l’eau de boisson. En raison de la sensibilitĂ© des jeunes sujets et de l’influence possible des anticorps maternels, la vaccination est gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©e entre deux et trois semaines d’ñge, en l’intĂ©grant au calendrier global.

Variole aviaire

La vaccination contre la variole est effectuĂ©e en gĂ©nĂ©ral entre fin juillet et dĂ©but aoĂ»t. Une expĂ©rience passĂ©e m’a conduit Ă  adopter cette pratique systĂ©matiquement, aprĂšs avoir perdu une saison d’expositions malgrĂ© l’absence de mortalitĂ©. La transmission se fait principalement par les moustiques en fin d’étĂ©. Le vaccin, administrĂ© par piqĂ»re du repli alaire Ă  l’aide d’une aiguille bifide, est efficace et peu coĂ»teux. Il doit impĂ©rativement ĂȘtre spĂ©cifique aux poules.

Trachéite laryngo-infectieuse

La vaccination contre l’ILT est celle que je redoute le plus en raison de ses effets secondaires. Elle se pratique par instillation oculaire et provoque frĂ©quemment une rĂ©action marquĂ©e entre le quatriĂšme et le septiĂšme jour, avec abattement, Ă©coulements oculaires et troubles respiratoires. Des complications bactĂ©riennes, notamment liĂ©es aux mycoplasmes, peuvent nĂ©cessiter un traitement antibiotique.

MalgrĂ© ces contraintes, la vaccination s’est imposĂ©e, notamment en raison des exigences sanitaires des grandes expositions et de la progression de la maladie en Belgique et aux Pays-Bas. J’ajoute parfois une vaccination contre la rhinotrachĂ©ite, sur conseil vĂ©tĂ©rinaire, administrĂ©e simplement par l’eau de boisson.

Conclusion

Chaque Ă©leveur doit adapter son programme vaccinal Ă  sa situation. Il est toutefois utile de rappeler que les Ă©levages professionnels appliquent ces schĂ©mas non par excĂšs de prĂ©caution, mais parce qu’ils reprĂ©sentent, Ă  long terme, la solution la plus efficace et la plus Ă©conomique pour maĂźtriser le risque sanitaire. La vaccination ne couvre pas un risque financier comme une assurance : elle permet d’éviter les dĂ©gĂąts eux-mĂȘmes. C’est une diffĂ©rence fondamentale.

Paul Kuypers

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