De nombreux malentendus persistent autour de lâutilitĂ© de la vaccination. Ils tiennent principalement Ă une mĂ©connaissance du fonctionnement du systĂšme immunitaire et des principes de lâimmunisation. La situation est dâautant plus paradoxale que la vaccination humaine est largement admise, tandis que celle des volailles suscite dĂ©bats et rĂ©ticences. Cet article nâa pas pour objectif dâalimenter ces discussions. Il sâagit simplement de prĂ©senter une pratique Ă©prouvĂ©e, mise en Ćuvre depuis des annĂ©es, afin que chacun puisse en tirer des Ă©lĂ©ments utiles.
Je compare souvent la vaccination Ă un processus de formation. On apprend Ă lâorganisme Ă reconnaĂźtre et Ă contrer une attaque parasitaire, bactĂ©rienne ou virale. Le systĂšme immunitaire enregistre cette information dans sa mĂ©moire. Lors dâune nouvelle exposition, il peut alors produire beaucoup plus rapidement les cellules de dĂ©fense nĂ©cessaires. Sans vaccination prĂ©alable, ce processus demande gĂ©nĂ©ralement plus dâune semaine, et ce dĂ©lai supplĂ©mentaire suffit souvent Ă faire la diffĂ©rence entre la survie et la perte de lâanimal. Lâargument selon lequel des volailles en bonne santĂ© se dĂ©fendront seules est parfois exact, mais il nĂ©glige un facteur essentiel : le temps. Dans cette course entre lâagent pathogĂšne et les dĂ©fenses immunitaires, la vitesse est dĂ©terminante.
Prévenir plutÎt que guérir
Il est parfois avancĂ© quâil nâest pas utile de vacciner contre des maladies pour lesquelles des traitements existent. Cette logique conduit pourtant Ă privilĂ©gier lâintervention curative au dĂ©triment de la prĂ©vention. Outre le fait que certains virus ne disposent pas de traitements facilement accessibles, les vaccins sont gĂ©nĂ©ralement moins coĂ»teux que les mĂ©dicaments administrĂ©s aprĂšs lâapparition des symptĂŽmes. Ils Ă©vitent Ă©galement les pertes de croissance, la mauvaise conversion alimentaire et lâaffaiblissement durable des animaux.
Le principe des rappels vaccinaux sâinscrit dans cette mĂȘme logique. Comme dans lâapprentissage scolaire, la rĂ©pĂ©tition permet de consolider les acquis. Comprendre, pratiquer et rĂ©activer rĂ©guliĂšrement les connaissances est ce qui permet une mĂ©morisation durable. Il en va de mĂȘme pour le systĂšme immunitaire.
Maladie de Marek
DĂšs le premier jour, mes poussins sont vaccinĂ©s contre la maladie de Marek par injection. Cette pratique se gĂ©nĂ©ralise, souvent Ă la suite dâun Ă©pisode sanitaire dans lâĂ©levage. Ces derniĂšres annĂ©es, des formes plus virulentes de Marek sont apparues, ce qui rend prĂ©fĂ©rable lâutilisation du vaccin Rispens, qui offre une protection supĂ©rieure Ă celle du HVT.
Le vaccin HVT, lyophilisĂ©, se conserve facilement au rĂ©frigĂ©rateur. Le Rispens, quant Ă lui, est un virus vivant devant ĂȘtre stockĂ© dans lâazote liquide. Cela implique un Ă©quipement spĂ©cifique et un renouvellement rĂ©gulier, peu rentable pour de faibles volumes. Lorsquâil nâest pas possible dây accĂ©der, lâutilisation du HVT reste prĂ©fĂ©rable Ă lâabsence totale de vaccination.
De plus en plus de vĂ©tĂ©rinaires acceptent toutefois dâutiliser Rispens lorsque la demande est mutualisĂ©e. Des groupes dâĂ©leveurs sâorganisent alors autour de sĂ©ances rĂ©guliĂšres, par exemple tous les quinze jours. Les coĂ»ts sont rĂ©percutĂ©s par poussin, ce qui rend la vaccination accessible mĂȘme pour de petites couvĂ©es. Certains Ă©leveurs adaptent leur calendrier dâĂ©levage ou confient leurs Ćufs Ă des couvoirs pratiquant cette vaccination.
Coccidiose
La vaccination contre la coccidiose est fortement recommandĂ©e. AprĂšs lâavoir pratiquĂ©e une premiĂšre fois, il est difficile de sâen passer. Plusieurs vaccins sont disponibles, notamment Paracox 8, Paracox 5 et Hipracox. Le chiffre indique le nombre dâespĂšces de coccidies incluses. Paracox 8 offre une couverture plus large, mais son coĂ»t et sa disponibilitĂ© orientent souvent vers Paracox 5 ou Hipracox.
La pĂ©riode idĂ©ale de vaccination se situe entre 4 et 9 jours dâĂąge, avant toute exposition aux coccidies environnementales. LâimmunitĂ© met environ un mois Ă se construire, car elle repose sur une auto-infection contrĂŽlĂ©e par les souches vaccinales. Aucun anticoccidien ne doit ĂȘtre administrĂ© simultanĂ©ment, sous peine de neutraliser le vaccin.
Lâadministration se fait simplement par lâeau de boisson, en respectant strictement les doses. Une surdose est Ă Ă©viter. Le vaccin peut ĂȘtre rĂ©utilisĂ© Ă condition de rester propre et dâĂȘtre prĂ©levĂ© sans exposition excessive Ă lâair. LâidĂ©e selon laquelle une immunitĂ© naturelle se construit suffisamment par une exposition lĂ©gĂšre comporte des risques importants, notamment des lĂ©sions intestinales prĂ©coces et une protection limitĂ©e aux souches prĂ©sentes dans lâenvironnement immĂ©diat.
Bronchite infectieuse
Ă un Ăąge plus avancĂ©, je vaccine contre la bronchite infectieuse. Les contaminations surviennent frĂ©quemment lors des expositions, en particulier les grandes manifestations impliquant des transports longs et des durĂ©es prolongĂ©es. La diversitĂ© des souches impose lâutilisation de plusieurs vaccins. Jâutilise MA5 en primo-vaccination, suivi de 4-91 quelques semaines plus tard.
La vaccination peut se faire par spray ou par lâeau de boisson, mais le vaccin reconstituĂ© doit ĂȘtre utilisĂ© immĂ©diatement. Sa durĂ©e de stabilitĂ© est courte, gĂ©nĂ©ralement deux heures, Ă©ventuellement prolongĂ©e par lâajout de lait. Le partage entre Ă©leveurs permet de rĂ©duire considĂ©rablement les coĂ»ts. JâĂ©vite de combiner plusieurs vaccins simultanĂ©ment, en respectant un intervalle dâenviron deux semaines afin de ne pas surcharger le systĂšme immunitaire.
Maladie de Newcastle
En complĂ©ment, jâadministre Clone 30 contre la maladie de Newcastle. Cette vaccination est obligatoire avant les expositions, rĂ©alisĂ©e par injection par un vĂ©tĂ©rinaire. Toutefois, cette obligation tardive laisse les jeunes animaux sans protection pendant une longue pĂ©riode. Clone 30, souche lentogĂšne, peut ĂȘtre administrĂ© trĂšs tĂŽt et offre une protection efficace par lâeau de boisson, le spray ou le collyre.
Les anticorps maternels pouvant interfĂ©rer, il est prĂ©fĂ©rable de vacciner lorsque les poussins ont environ quatre semaines. La solution vaccinale doit ĂȘtre prĂ©parĂ©e avec une eau sans dĂ©sinfectant, idĂ©alement enrichie en lait Ă©crĂ©mĂ©. LâimmunitĂ© est optimale aprĂšs deux semaines et dure environ cinq semaines, ce qui impose des rappels rĂ©guliers.
Gumboro
Face Ă la prĂ©sence rĂ©currente de la maladie de Gumboro chez certains Ă©leveurs, une vaccination annuelle avec Hipragumboro ou Nobilis Gumboro D78 est pertinente. Le vaccin est Ă©conomique et facile Ă administrer par lâeau de boisson. En raison de la sensibilitĂ© des jeunes sujets et de lâinfluence possible des anticorps maternels, la vaccination est gĂ©nĂ©ralement rĂ©alisĂ©e entre deux et trois semaines dâĂąge, en lâintĂ©grant au calendrier global.
Variole aviaire
La vaccination contre la variole est effectuĂ©e en gĂ©nĂ©ral entre fin juillet et dĂ©but aoĂ»t. Une expĂ©rience passĂ©e mâa conduit Ă adopter cette pratique systĂ©matiquement, aprĂšs avoir perdu une saison dâexpositions malgrĂ© lâabsence de mortalitĂ©. La transmission se fait principalement par les moustiques en fin dâĂ©tĂ©. Le vaccin, administrĂ© par piqĂ»re du repli alaire Ă lâaide dâune aiguille bifide, est efficace et peu coĂ»teux. Il doit impĂ©rativement ĂȘtre spĂ©cifique aux poules.
Trachéite laryngo-infectieuse
La vaccination contre lâILT est celle que je redoute le plus en raison de ses effets secondaires. Elle se pratique par instillation oculaire et provoque frĂ©quemment une rĂ©action marquĂ©e entre le quatriĂšme et le septiĂšme jour, avec abattement, Ă©coulements oculaires et troubles respiratoires. Des complications bactĂ©riennes, notamment liĂ©es aux mycoplasmes, peuvent nĂ©cessiter un traitement antibiotique.
MalgrĂ© ces contraintes, la vaccination sâest imposĂ©e, notamment en raison des exigences sanitaires des grandes expositions et de la progression de la maladie en Belgique et aux Pays-Bas. Jâajoute parfois une vaccination contre la rhinotrachĂ©ite, sur conseil vĂ©tĂ©rinaire, administrĂ©e simplement par lâeau de boisson.
Conclusion
Chaque Ă©leveur doit adapter son programme vaccinal Ă sa situation. Il est toutefois utile de rappeler que les Ă©levages professionnels appliquent ces schĂ©mas non par excĂšs de prĂ©caution, mais parce quâils reprĂ©sentent, Ă long terme, la solution la plus efficace et la plus Ă©conomique pour maĂźtriser le risque sanitaire. La vaccination ne couvre pas un risque financier comme une assurance : elle permet dâĂ©viter les dĂ©gĂąts eux-mĂȘmes. Câest une diffĂ©rence fondamentale.
Paul Kuypers
